La chute des revenus des centres de tri en 2019

Comment les revenus des centres de tri du Québec ont-ils évolué au Québec entre 2017 et 2019, soit avant la mise en place de restrictions sur les importations par les marchés asiatiques et maintenant ? Nous nous sommes posés la question en lisant un article sur le sujet publié aux États-Unis, et avons mesuré la part totale des revenus pour les contenants (plastique, verre, métal, contenant multicouches) et les fibres (carton, papier). Notre principal constat est que la situation a radicalement changé : les contenants apporteraient aujourd’hui la majorité des revenus des centres de tri, quand ils ne représentaient seulement que le quart il y a deux ans. Mais ne nous y trompons pas, le revenu brut des contenants serait semblable, c’est celui des fibres qui a drastiquement chuté, et avec lui le revenu total des centres de tri.

**Analyse basée sur les données des ventes publiées dans le Bilan 2018 de RECYC-QUÉBEC paru en novembre 2019, sur les proportions de ballots produits ainsi que sur divers indices de prix de vente des matières comptabilisés en 2017 et 2019.

How have MRFs’ incomes evolved in Quebec between 2017 and 2019, that is before Asia’s restriction on materials import and now?  We asked ourselves after reading an article on that matter published in the USA, and evaluated the total share of revenues for containers (plastics, glass, metal, carton) and for fibers (cardboard and paper).  We came up with a clear evidence that the economic situation has drastically changed:  the sale of containers would now represent MRFs’ major income, whereas it only represented a quarter of their global earnings two years ago.  But let us make no mistake here, the gross income from the sale of containers is similar between 2017 and 2019, and it is rather the revenue generated by the sale of fibers which has radically decreased, dragging along MRFs’ total income.

**This analysis was based on sales data published in RECYC-QUÉBEC’s Bilan 2018 issued in November 2019, on bales production data and a compilation of price index recorded in 2017 and 2019.

Les limites du recyclage des papiers en Amérique du Nord: une perspective québécoise

On a beaucoup parlé cette année du plastique et du verre non recyclés qui, en dépit des efforts des citoyens, sont encore trop souvent jetés à la poubelle. Plusieurs voix ont fait écho pour remettre en question les pratiques de l’industrie de la récupération et du recyclage, notamment l’exportation des matières collectées vers l’Asie. On fait toutefois abstraction que cette situation camoufle un problème plus profond, soit notre incapacité de recycler toutes nos matières localement.

Remettons d’abord les pendules à l’heure: ce qui fait le plus mal aux centres de tri actuellement, ce sont les difficultés liées au recyclage des fibres. Et ce qui fait mal aux centres de tri fait mal aux entreprises qui compensent les municipalités pour les coûts de collecte et de tri.

Pourquoi ne recycle-t-on pas plus de papier localement ? La réponse courte est que le problème ne se limite pas à la contamination des ballots de papier, qu’il n’est pas purement québécois mais mondial, et qu’il y a une limite aux capacités de recyclage des papiers en Amérique du Nord.

Considérons d’abord les faits :

Le plastique et le verre ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Au Québec, les 2/3 des matières que vendent les centres de tri sont en fait des fibres. On parle de 350-400 000 tonnes de papier et environ 150 000 tonnes de carton par an.

Trois recycleurs (Cascades, Kruger et Graphic Packaging) sont les plus grands acheteurs au Québec de ballots de fibres provenant des centres de tri. Ils achètent principalement du carton, et un peu de papier. Dans le meilleur des cas, quand les conjonctures des marchés sont bonnes et que la qualité des ballots est au rendez-vous, ils sont en mesure d’acheter tout le carton (150 000 t), mais au mieux, environ 100 000 t de papier.

Nos centres de tri se retrouvent donc coincés avec une balance de 300 000 tonnes de papier pour lesquels ils doivent trouver des acheteurs hors Québec.

Mais rappelez-vous, le problème n’est pas que québécois, il est mondial! Doit-on se consoler ou se désoler ? Les surplus s’accumulent partout, par exemple :

Toujours est-il que ces surplus viennent effectivement des restrictions d’importation imposées par la Chine, suivies par l’Indonésie et peut-être bientôt de l’Inde. Les Occidentaux ont eu recours aux marchés asiatiques pendant longtemps pour faire recycler leurs papiers et cartons. Ce n’est plus possible aujourd’hui et tout indique que nous ne reviendrons jamais à la dynamique de l’exportation que nous connaissions.

Ainsi, si nous dépendons autant de l’export, c’est que nos capacités de recyclage des papiers post-consommation sont limitées en Amérique du Nord. La raison est simple : le secteur manufacturier des pâtes et papiers du continent se concentre de plus en plus sur la production de carton et de moins en moins sur la production de papier, et encore moins sur le désencrage. C’est donc dans la fabrication de carton que l’on recycle la plupart de nos fibres post-consommation.

On peut donc déduire que la majorité de ce que les centres de tri vendent dépend du marché de la production de carton. Un marché qui s’est montré dans la dernière année particulièrement compétitif (réduction de la demande, pression à la baisse sur les prix), et dont les projections de plusieurs analystes pour les années à venir ne sont pas nécessairement réjouissantes.

Il y a en Amérique du Nord des projets d’ouverture de nouvelles lignes de production en 2020 dont la capacité totalise 2 millions de tonnes de fibres (principalement carton), et cela devrait générer une légère augmentation du prix de vente pour les centres de tri selon Vertical Research Partners. Toutefois la demande globale demeurera de faible à modérée et les exportations vers les marchés asiatiques continueront de diminuer. Pas de miracle en vue avant 3 à 5 ans concluait la firme Moore & Associates, lorsque l’ensemble des projets annoncés de nouvelles lignes de production sera pleinement opérationnel.

Revenons au Québec avec ses 300 000 t de surplus de papier à recycler. Un tri plus efficace était la 1ère pierre à poser. Mais on ne peut pas compter que sur le marché du carton. Il devient primordial d’explorer et de développer de nouveaux marchés au Québec.

Est-ce celui de la production d’emballages à partir de fibres, pour offrir une alternative au bannissement du plastique à usage unique ?

Est-ce celui du développement de produits de la construction, comme isolant ou comme panneau de revêtement ?

Est-ce qu’un surtri des papiers mélangés serait nécessaire pour alimenter les marchés existants comme celui de la production de papier mouchoir et papier hygiénique ?

Devrions-nous suivre l’exemple de la France qui finance le Centre Technique du Papier pour soutenir la recherche sur le papier-carton afin de trouver et industrialiser des solutions innovantes en matière de recyclage ?

Le problème n’est pas québécois, mais les solutions peuvent l’être.

Lichens et NovAxia: une collaboration pour une expertise unique

Chers clients et partenaires, nous avons une excellente nouvelle à partager avec vous! Nous sommes heureux d’annoncer que nous unissons nos efforts afin de répondre adéquatement aux défis de l’industrie du recyclage et de développer des solutions concrètes.

Au plan stratégique, ce partenariat combine nos forces permettant d’améliorer notre proposition de valeur et de faire bénéficier nos clients de nos savoir-faire complémentaires. Notre expertise unique développée au cours des douze dernières années, sera mise à votre contribution, que ce soit pour les activités de récupération, tri et recyclage, de logistique ou d’optimisation des processus, ou encore pour assurer la conformité environnementale de vos opérations.

Deux expertises complémentaires

Sara-Emmanuelle Dubois cumule plus de douze années d’expérience dans des mandats liés à l’environnement et au développement durable, et oeuvre dans la gestion de projets d’envergure depuis plus de 15 ans.  Titulaire d’une formation universitaire en mathématiques, en génie et en administration (MBA), elle a été à l’emploi de grandes entreprises du secteur de la gestion des matières résiduelles, où elle a occupé des fonctions de direction. En 2014, Sara-Emmanuelle fonde la firme de conseil en environnement NovAxia Inc.  Ses clients proviennent autant des secteurs publics que privés, et la crédibilité de l’entreprise est notamment assurée par des projets de qualité et un réseau de professionnels, d’employés et de partenaires compétents. Passionnée par son travail et convaincue de la pertinence de la mise en place d’une économie circulaire, elle demeure constamment à la recherche des solutions les plus innovatrices aux problèmes de l’industrie, et continue de travailler de concert avec les entreprises dans une optique de mise en valeur de l’environnement.

Pierre Benabidès œuvre depuis une dizaine d’années dans le secteur de la gestion des matières résiduelles. Il a d’abord développé des systèmes de récupération chez des industriels, gestionnaires immobiliers et organismes publics. Il a par la suite travaillé au développement des marchés de la collecte sélective au Québec, pour le compte de Éco Entreprises Québec. Biologiste de formation et titulaire et d’une maîtrise en environnement, Pierre est reconnu comme un expert du recyclage du verre, des plastiques et des papiers et cartons et oeuvre désormais comme consultant pour la firme Lichens qu’il a fondé. En plus d’agir comme collaborateur pour plusieurs organismes de presse et de communication et  donne de nombreuses conférences et webinaires au Québec et ailleurs, et rédige des articles dans des médias spécialisés.